BHARATA NATYAM


L'Art du Bharata Natyam




Où va la main, va l’œil ; où va l’œil va l'esprit ;
Où va l'esprit, le sentiment s'éveille et,
lorsque le sentiment s'éveille, naît le goût.



Danse classique, originaire du sud-est de l'Inde, 
le Bharata Natyam réunit vigueur et rapidité. 
Symbolisme et technique s'allient harmonieusement. 
La rythmique très riche et la géométrie des lignes dans l'espace caractérisent cette danse. 
Les larges déplacements, les sauts, les fentes profondes et les équilibres 
demandent à la fois grâce, force et endurance. 






Dans le passé, le Bharata Natyam a été connu sous des appellations diverses : kuthu, sadir... Sous la période des grands rois Chola, une classe de femmes appelées les devadasis "servantes de dieux" était consacrée au service de la divinité du temple. Cette tradition est restée vivante jusqu'au XIXe siècle. L'origine de la danse indienne remonte au moins à la période du Nâtya Shâstra de Bharata, traité bimillénaire sur l'esthétique du théâtre indien, englobant la poésie, la danse et la musique et est issue d'un passé lointain où religion et art sont inséparablement liés. La tradition indienne voit en Siva le danseur suprême dans sa manifestation en tant que Siva Nataraja qui crée la vie par sa danse. Une représentation de Siva dans laquelle le coté droit est masculin et le gauche féminin (ardhanishvara) montre merveilleusement bien les deux aspects de cette danse. L'aspect tandava, forme de danse vigoureuse et rapide et lasya, danse gracieuse et douce.

Aujourd'hui, le Bharata Natyam est très populaire en Inde et à travers le monde. Cette danse était traditionnellement enseignée par des nattuvanars : des hommes qui étaient à la fois compositeurs, chorégraphes et musiciens et qui avaient eux-mêmes reçu l'enseignement de leurs pères, grands pères, oncles, tel était le cas de mon maître : V.S.Muthuswamy Pillaï (voir page MAÎTRES pour plus de détails). 

Le disciple apprend tout d'abord les pas fondamentaux : adavus. Ce système des adavus est déjà décrit dans un ouvrage du roi marathe Tulaja (XVIIIe siècle). Il a été influencé plus anciennement par les karanas, poses que l'on retrouve sculptées dans la pierre des temples du sud de l'Inde (Tanjore, Chidambaram, Tiruvanamalai). Une fois ces adavus assimilés, l'élève entre peu à peu dans l'apprentissage d'un margam (suite de danses).

Le déroulement d'un margam tel que nous le connaissons aujourd'hui est l'oeuvre du célèbre tanjore quartet : quatre frères musiciens, disciples du grand compositeur Muthuswamy Dikshitar. Ils vivaient à la cour du roi de Tanjore, Safoji II qui régna de 1798 à 1832.



MARGAM




Voici la splendide description du margam faite par la danseuse légendaire Balasarawati 
qui compare le déroulement du récital de bharata Natyam à l'entrée progressive du dévot dans le temple.


“Le récital de Bharata Natyam est structuré comme un grand temple. Nous entrons par le gopuram (porte extérieure) par l’ALARIPPU nous traversons l’ardhamandapa (vestibule) par le JATISWARAM, puis le mandapa (grande salle) avec le SHABDAM et nous entrons dans le sanctuaire de la divinité avec le VARNAM. […] C’est dans cet espace que la danseuse pourra déployer le plaisir du rythme, des émotions et de la musique […], en ayant la possibilité d’exprimer la tradition aussi bien que sa propre créativité. Le PADAM suit. En dansant le padam, on fait l’expérience de la calme plénitude de l’entrée dans la fraîcheur du sanctuaire quand on a franchi l’enceinte extérieure. L’espace et la luminosité des couloirs extérieurs disparaissent pour faire place à l’obscurité intérieure. Aux virtuosités rythmiques du varnam succèdent la musique et l’abhinaya si émouvants du padam. Danser un padam est un moment analogue à celui-ci : lorsque les vagues de lumière du rituel s’estompent et lorsque les battements de tambour cessent, s’élève dans l’intimité de la présence divine le chant simple et austère d’un verset. Puis le TILLANA vient briser cette extase en mille éclats de mouvements comme l’ultime combustion du camphre dans le tumulte et l’agitation (de la fin du rituel). En conclusion, le dévot garde en son cœur le dieu à qui il a rendu gloire, et la danseuse clôt l’ordre traditionnel en dansant un simple vers dévotionnel.

D’abord il y a seulement le rythme (alarippu), puis la mélodie et le rythme (jatisvaram), on continue avec la musique, la signification et le rythme (shabdam) ; qui se développent dans la pièce centrale qu’est le varnam ; puis musique et signification sans rythme (padam) ; pour apporter de la variété le rythme est réintroduit avec la mélodie (thillana) ; en contraste avec un début purement rythmique (alarippu), un chant sans rythme à la fin (verset, ou shloka). Nous observons là un équilibre merveilleusement achevé.

Le plus grand bienfait du bharata natyam est sa capacité à contrôler l’esprit. La plupart du temps, nous sommes incapables d’avoir une contemplation unifiée même lorsque nous ne sommes pas dans l’action. Or dans le bharata natyam, on n’est pas en dehors de l’action ; il y a beaucoup à faire, mais c’est l’harmonie des actions diverses qui apporte la concentration que nous cherchons. Le poids de l’action s’oublie dans le charme profond de la pratique artistique. Grâce aux pieds qui gardent le rythme, aux mains qui expriment le geste, au regard qui suit la main, à l’oreille qui écoute la musique du maître ainsi que ce que l’on chante soi-même, par l’harmonisation de ces cinq éléments, l’esprit atteint la concentration et la clarté. Ce sentiment intérieur de la danseuse est le sixième sens, qui harmonise ces cinq éléments mentaux et mécaniques pour créer l’expérience et le plaisir de la beauté. C’est l’étincelle qui donne à la danseuse le sens de sa liberté spirituelle, au sein des contraintes et de la discipline de la danse.

Le yogi atteint la sérénité par la concentration issue de la discipline. Dans la danse, les pieds, les mains, les yeux, les oreilles et le chant s’unifient jusqu’à parvenir à un état de fusion : la sérénité du yogi devient torrent de beauté. Le spectateur, qui est absorbé lorsqu’il regarde le spectacle avec une vive attention, libère ainsi son esprit des distractions, et ressent une grande clarté. Dans cette implication mutuelle, la danseuse et le spectateur sont tous deux délivrés du poids de la vie mondaine et font l’expérience de la joie divine de l’art avec une sensation de liberté totale.”

Balasaraswati (1918/1984 - célèbre devadasi de Tanjore)
http://www.balasaraswati.com/




Tanjore (sud de l'Inde)


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Le Bharata Natyam aujourd'hui.




Les maîtres de danse et nattuvanars ont perpétué la transmission des différents styles de danses en s'adaptant au contexte de l'Inde moderne. Même s'il se réfère à des textes très anciens, le Bharata Natyam est une danse vivante. Mon maître, V.S. Muthuswamy Pillai, faisait parti de ses chorégraphes qui ont su innover. Excellent rythmicien, il avait un sens très aigu de l'organisation de l'espace. J'ai toujours été fascinée de voir à quel point des chorégraphies qu'il composait dans un "mouchoir de poche" (car la salle dans laquelle nous travaillions était minuscule), pouvaient ensuite s'adapter à une grande scène. 

Son inspiration : le rythme en lui et le disciple/danseur devant lui.

Pour chacun de nous, il chorégraphiait différemment, tenant compte de ce que nous étions. Un tel plaisir de sentir que nous le poussions à inventer tous les jours. Ils nous a transmis son art et aussi une grande liberté. Aujourd'hui chacun de nous continue sa route. Très loin d'un formatage, chaque danseur évolue et trace un chemin qui lui est propre.

V.S.Muthuswamy Pillaï


Puisque l'on me demande souvent quelles sont les danseuses qui m'ont marquée 
durant mes années en Inde, je souhaite partager avec vous quelques instants de danse en vidéo. 
Des artistes qui m'ont inspirée, que j'admire profondément autant par leur art que pour leur personnalité, leur humanité.
Car le Bharata Natyam est une danse profondément humaine même si l'on y parle des dieux !
C'est si beau quand l'âme de la danseuse transparaît à travers la danse.


Je commence aujourd'hui avec :


Priyadarsini Govind





Ses maîtres : S.K Rajarathnam Pillaï et Smt Kalanidhi Narayanan 


"Experte en Bharata Natyam, Priyadarsini Govind impose en quelques secondes une présence incroyable où la limpidité 
des lignes et la grâce intime du geste signent une élégance abstraite sans fioritures. Lorsqu'elle danse, tout concourt à un équilibre des lignes du corps et du mouvement dans l'espace". J. Liger


Tout respire avec évidence.


https://youtu.be/BKLSrb6JzU4



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